Mercredi 29 juillet 2009
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"Erromango" par Pierre Benoit de l'Académie française (Albin
Michel, 1929. Roman).
Fabre, un ingénieur agronome de l'Université de Sydney, en Australie, prend possession de la plantation de Pilbarra, sur l'île d'Erromango, aux Nouvelles-Hébrides (actuellement Vanuatu) où il a
été affecté sur sa demande.
Il apprend de son prédécesseur que deux catégories d'indigènes peuplent l'île : ceux de la côte, malins et paresseux, et ceux des montagnes fuligineuses, les bush men, restés cannibales
comme l'étaient leurs pères et leurs mères.
Fabre a en projet la création d'un élevage de moutons. Une quinzaine de brebis et quatre béliers, dont il a soigneusement choisi la race pour sa résistance, l'accompagnent. Il se renseigne
sur ses rares voisins, exploitants de coprah (amande de coco débarrassée de sa coque, desséchée et prêt à être moulue pour l'extraction de l'huile).
Le nouvel éleveur, travailleur acharné, sobre et sensé, au fil des jours connaîtra les tornades, les fièvres, les délires aggravés par le whisky, puis la folie. Le souvenir d'une femme, dont le
prénom commence par un A -prénoms féminins privilégiés dans l'œuvre de Pierre Benoit-, Alice, rencontrée dans sa jeunesse, décédée, hantera ses journées et ses nuits. L'orgueilleux
élevage qui devait assurer définitivement la notoriété de l'ingénieur agronome périclite :
"L'agneau et les cinq brebis semblaient l'attendre au seuil du hangar, incertains sur ce qu'ils avaient à faire. Quel navrant spectacle offraient ces cinq pauvres rescapés de tant de misères,
ces innocentes victimes du raisonnement humain, mille fois plus homicide, quand il s'en mêle, que l'imagination. Avec leurs toisons hirsutes, emmêlées de chardons, polluées d'ordures, avec leur
maigreur, leur perpétuel tremblotement, leurs tristes yeux épouvantés, ils étaient le résumé pitoyable de la banqueroute de Pilbarra. Fabre les regarda sans mot dire. Peut-être revit-il, en cette
minute, le paysage du Val de Loire où il s'en était allé les chercher : un ciel noyé d'eau, des nuages bas, des marais gris pâle, un horizon barré par plusieurs lignes de bois noirâtres, un
rapide vent salubre qui glaçait les poumons... Quel contraste avec la touffeur écrasante, le bariolage vénéneux, la torpeur glauque d'Erromango !... [...]
Dans le photophore, la bougie venait de s'éteindre. Toute la magie de la nuit s'était alors révélée. Les sous-bois bleuis par la lune, les grandes montagnes où les feux des cannibales rutilaient
comme un mouvant diadème de rubis, les blanches vapeurs qui montaient de la mer composaient un spectacle dont la prodigieuse invraisemblance était bien l'asile rêvé des plus folles imaginations.
Au milieu de ces nuées voyageuses, de ce paysage qui allait sans cesse se transformant, les chimères de Fabre prenaient figure d'êtres logiques, et il ne lui était vraiment plus possible de ne
pas croire à leur réalité."
"Les Affres de la violence" de Guy Foissac
(Collection privée. Reproduction interdite.)
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Galerie A.
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